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Actualité de la communication

Courage, ne fuyons pas !

« On n’échappe à rien, pas même à ses fuites. » Cet adage ne nous vient pas d’un grand philosophe de l’Antiquité mais de Jean-Jacques Goldman dans sa chanson « On ira ». On peut appliquer sans mal ce précepte à la communication. Rachida Dati vient de nous en donner un exemple éclatant récemment.

Cash Investigation 2015.09

Cash Investigation 2015.09


L’émission « Cash Investigation » présentée par Elise Lucet et diffusée sur France 2 en ce début septembre enquêtait sur les liens entre le personnel politique et certains pays peu recommandables comme l’Azerbaïdjan ou le Kazakhstan. Ces relations opaques bénéficient à des grandes entreprises françaises. Rachida Dati, aujourd’hui députée européenne, a été ministre. Elise Lucet voulait l’interroger à propos de ses liens supposés avec le groupe GDF-Suez. La journaliste avait demandé en vain un rendez-vous avec Rachida Dati. Après ce refus, l’équipe de télévision décide d’approcher Rachida Dati dans un couloir du Parlement Européen. Que fait Mme Dati ? Elle fuit. Mais la caméra capte cette dérobade et le micro enregistre les propos de la députée adressés à Elise Lucet : « Je n’ai pas peur de vous, ma pauvre fille. Quand je vois votre carrière, votre carrière pathétique. »

 L’erreur de communication est grossière. Rachida Dati se montre en position de faiblesse, elle fuit comme un animal traqué en insultant une journaliste. On apprendra par la suite qu’un médecin du Parlement Européen avait diagnostiqué un « choc émotionnel » chez l’eurodéputée à la suite de cet incident. Le choc est surtout médiatique. La séquence s’est répandue comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux. Rachida Dati apparaît comme suspecte. Son refus de répondre est perçu comme un aveu.

 

Qu’aurait-elle dû faire ? Tout simplement organiser sa communication, préparer une prise de parole et accepter un rendez-vous avec l’équipe de télévision. Dans ces conditions, elle aurait pu calmement exposer sa version des faits, quitte à la travestir d’une bonne dose de langue de bois. Les journalistes n’aiment pas la langue de bois. Ce n’est pas exploitable. Mais pour la personne interviewée, c’est toujours moins dommageable qu’une situation de panique et de fuite.

 

La même leçon nous avait été donnée en 1989 par le cinéaste américain Michael Moore dans son premier documentaire « Roger and me ». Moore enquêtait sur la déconfiture de l’usine « General Motors » à Flint dans le Michigan, sa ville natale. Moore voulait absolument interroger Roger Smith qui était à l’époque le PDG de GM. Le service de communication du groupe automobile refusait obstinément d’accorder au cinéaste une entrevue avec le patron. Pendant 90 minutes, le réalisateur va montrer comment Roger Smith se dérobe.

  

C’est une chasse à l’homme avec une caméra, souvent cocasse. A la fin du film, Moore parvient à coincer Roger Smith. La scène est pathétique pour le dirigeant. Et forcément, le spectateur en retire l’impression que le patron est un salaud. Ce film connut un gros succès en raison de la crise de l’industrie automobile américaine de l’époque. Il lança la carrière de Michael Moore qui reçut la Palme d’Or du Festival de Cannes en 2004 pour son film «Farenheit 9/11 » consacré aux attentats du 11 septembre 2001.

 

Un dernier exemple qui montre que le silence et l’esquive sont à proscrire. En 1974, Gérard Carreyrou, alors jeune reporter au service politique d’Europe 1, interroge le premier ministre Jacques Chirac sur le perron de l’Hôtel Matignon. Chirac juge que la question est embrassante. Il ne répond pas et pose sa main sur le micro. Dans le journal de 13h, Europe 1 diffuse la question de Carreyrou et le silence qui suit. L’effet radiophonique est saisissant et dévastateur. Chirac, furieux, convoque les patrons de la station, Maurice Siegel et Jean Gorini, et leur dit : « Ce Carreyrou, inutile qu’il se pointe à Matignon, sinon je le vire à coups de pied au cul ! » Gérard Carreyrou a poursuivi sa carrière de journaliste politique. Mais, en intervenant auprès de l’actionnaire de la radio, Jacques Chirac a obtenu la tête de Siegel et Gorini qui ont été chassés d’Europe 1 à cause de cet incident et d’autres « persiflages » insupportables pour le pouvoir politique de l’époque.